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Entrevue 1 – Marie-Christine Hallé (1/2)

EntrevueCe billet est, je l’espère, le début d’une série d’entrevue avec des orthophonistes qui m’inspirent. Comme première entrevue, j’ai choisi Marie-Christine Hallé, sa passion, ses questionnements et son ouverture. L’entrevue a été si riche, je ne pouvais pas tout contenir dans un billet. Voici donc le premier article d’une série de 3. En espérant que vous apprécierez 🙂

Biographie

Marie-Christine Hallé, étudiante au doctorat en orthophonie. Sujet d’étude : Relations entres les orthophonistes et les proches des personnes aphasiques en contexte de réadaptation. A déjà travaillé en centre de réadaptation auprès de cette clientèle. Marie-Christine est arrivée à l’orthophonie avec un intérêt d’abord pour la relation d’aide. Après 4 années d’études en orthophonie, une poursuite au doctorat et de la pratique clinique, les questionnements sont bien vivants ! Ce qui la rend optimiste face à l’orthophonie ? Simplement la beauté et l’importance de cette science !

Entretien

Vendredi après-midi, chacune une tasse de thé, ma petite enregistreuse pour ne rien perdre des propos de ma première entrevue et nous étions lancées ! La discussion a duré 1h30, j’en ai même oublié mon rendez-vous chez le coiffeur. Et on avait encore des choses à se dire dans le cadre de porte ! Après le premier contact, la discussion tourne rapidement autour du thème de la collaboration. Marie-Christine s’y intéresse beaucoup et partage avec moi le nouveau regard qu’elle pose sur la collaboration orthophoniste-client : « La réelle idée d’être centrée sur le client, ce n’est pas juste de dire : « Il aime les bateaux, je vais préparer toute ma thérapie sur les bateaux » et de tout décider soi-même. Mais, ce n’est pas non plus de tout laisser le patient choisir, car ce serait de le mettre à risque. » La négociation des objectifs, des activités et des modalités est au coeur d’une approche collaborative entière. Déjà que l’application dans la vie réelle n’est pas simple, Marie-Christine ramène le fait incontestable, qu’en orthophonie on cherchera donc à « négocier » avec des personnes qui ont un trouble de la communication.

Dès le premier rendez-vous

Marie-Christine souligne l’importance et la puissance que peut avoir une première rencontre lors de laquelle on explicite les non-dits. L’orthophonie est encore peu connue d’une grande partie de la population; il faut le garder en tête. Un premier rendez-vous basé sur la collaboration pourrait en être un où on dirait : « Vous arrivez ici, vous avez quoi en tête ? » Si le client ne sait pas, on présente notre travail, même les trucs évidents. Après, on interroge le client sur ce qu’il a compris et on décide avec lui de la suite : « On peut travailler et que je vous donne des choix ou que vous me fassiez plus confiance, etc. ». Lorsqu’on interroge la compréhension du client, il faut faire preuve de prudence. Parfois, quand on leur demande « avez-vous des questions ? », les gens ont compris si peu de choses qu’à part demander : « Qu’est-ce qui vient de se passer ? », ils ne savent pas quoi répondre. Ils ne peuvent pas poser de questions plus spécifiques. Mieux vaut demander : « Qu’est-ce que vous avez compris de ce qu’on s’est dit ? » et partir de là.

Tout au fil de l’intervention

Marie-Christine signale également que la collaboration peut (et il est souhaitable de le faire) être rediscutée au fil du suivi.  Il faut également accepter que le client dise : « Je ne sais tellement pas où on est, où on s’en va. J’ai besoin que ce soit plus toi qui prennes les décisions. »  Ça peut aussi être ça de la collaboration.  On peut laisser passer quelques semaines et y revenir : « On avait décidé qu’on travaillerait comme ça, est-ce que ça convient encore ? ». En fait, la collaboration, c’est rendre explicite et négocier, tout au long du suivi, la manière dont on va travailler ensemble.

La relation orthophoniste-client

Poser des questions sur les préférences du client, ça peut aussi venir avec la crainte de dire : « Est-ce que je vais avoir l’air professionnel ou pas ? Est-ce que j’ai l’air de quelqu’un qui ne sait pas où elle s’en va ? » Marie-Christine se questionne sur la provenance de telles pensées. D’où nous vient l’idée qu’une bonne orthophoniste a toujours son plan, qu’elle sait ce qu’elle va faire aujourd’hui ? Est-ce que c’est vraiment ça être professionnelle ? Est-ce que la capacité de saisir l’opportunité lorsqu’elle se présente peut aussi être un signe de professionnalisme ? Le but n’est pas bannir la planification, mais de se rappeler que profiter des occasions, ça ne se planifie pas.  Il est bon de garder en tête que les clients peuvent aussi se sentir rassurés par une intervention basée sur la collaboration : le fait de ne pas subir et de pouvoir choisir est apprécié !

La suite, bientôt !

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