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Foglia parle d’orthophonie

Ce matin, Pierre Foglia, chroniqueur à La Presse, critique ce qu’on enseigne aux enfants en orthophonie. Il indique qu’enseigner à dire « I » et « A » (au lieu de « Il » et « Elle »), c’est «se rabaisser pour se mettre au niveau de la moyenne des cons». Le propos est grossier à mon sens et c’est tout à fait le style de Foglia. Je vous partage donc mes réflexions et mes observations sur le sujet.

FillePremièrement, quitte à contredire ce qui est rapporté comme étant les propos de l’orthophoniste dans l’article, je ne crois pas qu’un enfant qui parle en utilisant le « Il/Elle » se fera mettre de côté à l’école. Les enfants sont tout à fait habitués à entendre ces mots. J’évalue la compréhension de ces pronoms (Il/Elle) dans les tests de compréhension. Les enfants les entendent à la télé, quand on raconte des histoires en lisant le texte, etc. En plus, les enfants connaissent très bien le « Elle » car on le dit souvent pour le possessif : C’est à elle.

Deuxièmement, je n’ai jamais trouvé qu’enseigner « I/A » facilitait l’apprentissage des enfants que j’ai rencontrés. Je trouve que comme ces mots sont moins forts, ils passsent souvent inaperçus à l’oral. On dit « Elle est tombée », mais pas « A est tombée ». Si on veut le dire avec le « A », il faut l’enlever : « Est tombée ». De plus, je n’ai trouvé aucune analogie pour représenter le « I » et la « A ». Pour le « Il » et le « Elle », je dessine une île et les ailes d’un papillon. Ça aide certains enfants, mais j’ai aussi souvent l’impression que, pour plusieurs, les analogies les surchargent plus qu’autre chose. Alors, je laisse parfois tout ça de côté et on fait juste le dire et prendre le temps d’y réfléchir. Tout ça est un peu technique, mais c’est simplement pour expliciter les raisons pourquoi j’enseigne « Il/Elle ». Comme je ne trouve pas que les progrès sont plus rapides avec le « I/A » et que je ne vois pas d’avantage à l’enseigner, j’opte pour le « Il/Elle ». De plus, je me dis que ça leur donne une petite longueur d’avance pour l’écrit où ils devront inévitablement lire et écrire « Il/Elle ». Pour faire un parallèle, quand j’interviens sur le « je », je n’enseigne pas « j’veux » et « ch’t’allée », je montre « je veux » et « je suis allé » même si on les coupe quand on parle. En montrant le mot au complet, j’ai l’impression qu’il laisse une trace plus forte. Mais, je me trompe peut-être !

Troisièmement, si un parent m’informait qu’il souhaite que j’enseigne « I/A » au lieu de « Il/Elle » ou l’inverse, je ne m’opposerais pas. J’expliquerais les raisons de ma préférence pour le « Il » et le « Elle », mais s’il insistait, je crois que je pratiquerais le « I/A ». Ça ne fait pas si une grosse différence à mon sens. Mais, ça ne m’est jamais arrivé ! Et je trouve exagéré de dire qu’on nivelle par le bas si on enseigne « I/A ».

Enfin, si l’enfant à qui j’enseigne « Il/Elle » dit « I/A » dans le bon contexte, je ne le reprends pas. Je considère qu’il a saisi la différence entre les deux et qu’il l’utilise bien. Et je ne corrige évidemment pas un enfant qui produit déjà « I/A » correctement pour lui faire dire « Il/Elle ». Même chose pour le « j’veux » !

Évidemment, tout ceci n’est que le résumé de mes observations et de mon expérience. La recherche viendra-t-elle éclaircir cette épineuse question ? Je sais que Nicole Lessard, orthophoniste, a fait sa thèse de doctorat sur l’apprentissage du « Il » et du « Elle ». Si quelqu’un l’a déjà lu, je serais vraiment curieuse de connaître ses conclusions. Sa thèse a pour titre : Acquisition des formes pronominales « il » et « elle » : efficacité d’une approche pragmatique.

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3 réflexions au sujet de « Foglia parle d’orthophonie »

  1. J’utilise un dessin pour faire l’analogie du i/a si jamais quelqu’un en a besoin. C’est ultra simple: je dessine un « i » en bleu et je lui ajoute des bras et des jambes pour en faire un bonhomme allumette et pour le « a »: un A rose auquel j’ajoute une tête et des bras pour faire une fille.

  2. Belle réflexion. Vous devriez la faire parvenir à la maman, la journaliste Mélanie Noël : http://recherche.lapresse.ca/cyberpresse/search/theme/lapresse/?fq%5B%5D=author%3AM%C3%A9lanie+No%C3%ABl . C’est elle la maman et elle aurait préféré que l’on montre le il/elle à son enfant. Je ne connais pas son enfant mais être parent j’aurais aussi cette préférence. Les parents et l’enfant sont plus importants que la chronique d’humeur de Foglia. Pour votre île et vos ailes de papillon, j’adore ! Et c’est poétique en plus.

    1. Merci pour votre commentaire ! Tout comme vous, je crois que les parents et les enfants sont plus importants que Foglia ! La collaboration que j’établis avec mes clients et avec leur entourage est vraiment centrale dans ma pratique, tout comme l’importance de se mettre en question, de se réajuster.. et de se tenir au courant avec les recherches les plus récentes !

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