Pourquoi il NE FAUT PAS demander aux enfants de trouver des mots qui riment avec « bateau »?

to-write-774648_1920.jpgOui, oui, la conscience phonologique est sur toutes les lèvres et c’est une habileté importante pour l’apprentissage de la lecture et de l’écriture. Sauf, qu’il est important d’avoir des connaissances fortes avant d’intervenir sur cette habileté que ce soit en groupe ou individuel. Parce que les manuels contiennent des erreurs (voir ce résumé d’article scientifique), tout comme les activités trouvées sur Internet.

En effet, ce document publié par l’équipe d’une université québécoise indique que demander aux enfants de trouver des mots qui riment avec le mot « mignon » permet de développement la conscience phonologique… alors que c’est faux ! Trouver des mots qui riment, c’est une tâche qui évalue davantage la taille du vocabulaire que l’enfant maîtrise dans une langue donnée. Essayez de trouver des mots en portugais ou en allemand qui riment avec « biscuit » et vous verrez que la tâche est difficile, même si vous comprenez le concept de rime 😉

L’important, ce n’est pas qui fait l’erreur, ni où elle se trouve. J’ai moi-même parlé ici des choses que j’ai rédigées et qui sont périmées maintenant. Tout le monde peut faire des erreurs. Ouvrez l’oeil ! Et dans le doute, parlez-en à une orthophoniste 😉 !

P.S. Pour aider les enfants à comprendre le concept de rime, vous pouvez nommer des paires de mots qui riment (cadeau-auto) et des mots qui ne riment pas (mitaine-carton). Faites d’abord des commentaires vous-mêmes : J’écoute les mots : cadeau-auto. Oui, ça rime ! J’entends le son « o » à la fin des mots. J’écoute les mots : mitaine-carton. Non, ça ne rime pas. J’entends « ène » à la fin du mot mitAINE et j’entends « on » à la fin du mot « cartON ». Par la suite seulement, vous pourrez demander aux enfants de juger si deux mots riment.

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Question/Réponse : Ma nièce de 2 ans et demi ne parle pas, qu’est-ce que je devrais dire? Qu’est-ce que ses parents devraient faire?

Voici le sixième article d’une série de billets sur les questions/commentaires que j’ai reçus depuis le début de ce blogue.

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Pixabay

QUESTION

Je suis inquiète pour le développement du langage de ma nièce de 2 ans et demi, qu’est-ce que je devrais dire? Qu’est-ce que ses parents devraient faire? Deux langues sont utilisées à la maison. Est-ce que les parents devraient consulter maintenant ou attendre que l’enfant commence à parler? Est-ce que cela pourrait causer des difficultés lorsqu’il sera à l’école? Est-ce que c’est normal de ne rien dire du tout à cet âge?

 

 

RÉPONSE

C’est toujours extrêmement délicat de discuter avec des personnes qui sont proche de nous pour leur dire que le développement de leurs enfants nous inquiète. Je crois qu’il faut très bien choisir le moment, la personne qui abordera le sujet et les mots qui seront employés. Une manière de faire pourrait être : « Je trouve que ton fils/ta fille ne parle pas beaucoup. Sur Internet, j’ai vu qu’à son âge les enfants disent plusieurs mots et des petites phrases. Je pense qu’une rencontre en orthophonie pourrait l’aider à développer son langage. Tu peux évidemment faire ce que tu préfères. Je voulais simplement t’informer de ce que j’avais lu. » Je n’essaierais pas de convaincre la personne de prendre rendez-vous en orthophonie. À partir de là, la décision appartient aux parents !

À 2 ans et demi, elle devrait faire de petites phrases (ex. : Moi veux pas dodo). Voir ici. Le bilinguisme ne cause pas de difficulté de langage. Les difficultés ne peuvent donc pas être expliquées par le fait qu’elle entend deux langues. Il n’est donc pas normal qu’un enfant de 2 ans et demi ne dise aucun mot. C’est signe qu’une rencontre en orthophonie est nécessaire.

Les enfants qui ne parlent pas encore peuvent déjà rencontrer une orthophoniste, absolument ! L’orthophoniste est là pour aider les enfants à apprendre le langage (peu importe où ils sont rendus). Il serait donc souhaitable que votre nièce rencontre une orthophoniste prochainement.

À l’école, les enfants qui ont eu des difficultés à apprendre à parler sont plus à risque d’avoir des difficultés scolaires. Le langage écrit (lire et écrire) repose avant tout sur une bonne compétence en langage oral (parler et comprendre les mots et les phrases). Les orthophonistes sont les seules professionnelles qui maîtrisent, évaluent et interviennent sur les deux versants du langage (oral et écrit). Elles sont donc des professionnelles incontournables dans la réussite scolaire parce que les enfants apprennent surtout en lisant (langage écrit) ou en écoutant l’enseignant (langage oral).

FAQ sur l’orthophonie (partie 1) : Mon parcours

question-1828268_1920Depuis quelques années, j’agis à titre de mentor bénévole sur Academos. Les personnes qui envisagent un retour aux études ou les étudiants qui se questionnent sur leur choix de carrière me posent des questions sur l’orthophonie afin d’en savoir plus sur ma profession. Les questions étant souvent semblables, j’ai pensé regrouper les réponses afin d’en faire profiter le plus grand nombre. Voici les premières questions

MON PARCOURS ET MA PRATIQUE

  1. Qu’est-ce qui m’a attiré vers l’orthophonie ? Pourquoi est-ce que j’ai choisi ce domaine ? J’ai toujours voulu être enseignante, mais j’adorais les sciences et quand j’ai découvert l’orthophonie, ça a été une vraie révélation. C’est une science de la santé, mais avec beaucoup de psychologie, de pédagogie, de linguistique (puisque la langue et la communication entre les personnes sont nos principaux sujets d’étude). Je trouvais aussi que les conditions d’entrée sur le marché du travail pour les enseignants n’étaient pas très attirantes (beaucoup de remplacement, peu de stabilité, beaucoup de temps avant d’avoir un poste). Au moment où j’ai opté pour l’orthophonie, il y avait encore une « pénurie » d’orthophonistes au public.
  2. Pourquoi est-ce que je trouve que l’orthophonie se rapproche de l’enseignement ? Ce qui m’attirait dans l’enseignement, c’était l’apprentissage et le progrès des enfants. Je retrouve cet aspect dans ma pratique orthophonique. En fait, j’enseigne aux enfants à parler, à prononcer et à comprendre. De plus, j’ai souvent donné des formations à des groupes de parents ou d’éducatrices. Dans ce contexte, je me retrouvais vraiment à enseigner des stratégies, le développement normal du langage, etc.
  3. Est-ce que je réussissais bien à l’école ? Oui, j’ai toujours eu de la facilité à l’école autant au secondaire qu’au CÉGEP. J’ai choisi de faire le DEC en Sciences, Lettres et Arts et j’ai adoré avoir des cours diversifiés (sciences pures, sciences de la santé, et sciences humaines). J’ai pu entrer au baccalauréat en orthophonie car j’avais obtenu de bonnes notes au CÉGEP.
  4. Est-ce que j’ai aimé mon programme d’étude à l’université ? J’ai beaucoup aimé étudier l’orthophonie. Comme n’importe quel programme, certains cours sont plus intéressants que d’autres. J’ai préféré la maîtrise au baccalauréat entre autres parce qu’il y avait plus d’analyse et de réflexion.
  5. Est-ce que j’ai travaillé fort pendant mes études universitaires ? Oui ! De ce que je connais, tous les programmes d’orthophonie au Québec sont exigeants. Ils demandent beaucoup de temps et d’énergie. Dans les moments de découragement, je me rappelais que des centaines de personnes avant moi avaient réussi ces cours et que j’étais capable moi aussi.
  6. Est-ce que j’ai trouvé un emploi facilement après la fin de ma maîtrise ? Oui, j’ai passé des entrevues pendant mon dernier stage et j’ai débuté mon emploi au CLSC à l’automne après mon internat.
  7. Où est-ce que j’ai travaillé et avec quelles clientèles ? J’ai commencé en tant qu’orthophoniste dans un CLSC (clientèle : enfant de 0-5 ans, leur famille et leur milieu de garde) et je remplaçais une orthophoniste absente. J’ai eu un poste dans le même établissement quelques mois après mon arrivée car une orthophoniste avait démissionné. J’ai travaillé là pendant 4 ans. Par la suite, j’ai déménagé et j’ai trouvé un autre remplacement en CLSC. À ce CLSC, ma clientèle était très diversifiée : enfant de 0-5 ans, enfant avec fente du palais, adulte avec un AVC. J’ai fait un peu de privé au travers de tout cela.
  8. Est-ce que je fais plus de suivi individuel ou d’activités de groupe ? J’ai fait beaucoup de rencontres de groupe (enfants, parents, éducateurs) au premier CLSC où j’ai travaillé et j’ai fait plus d’interventions individuelles dans mon deuxième emploi. J’ai toujours évalué les enfants individuellement. J’aime les deux types d’interventions.
  9. À mon entrée à l’Université, est-ce que je pensais exercer le métier que j’occupe aujourd’hui ? Aujourd’hui, je travaille en CLSC et à l’Université du Québec à Trois-Rivières (UQTR) où je suis coordonnatrice de stage au département d’orthophonie. Je ne pensais pas que je travaillerais à l’Université si rapidement même si c’est quelque chose qui m’intéressait. J’adore ce que je fais au département d’orthophonie de l’UQTR, j’aime contribuer au développement des compétences des étudiants et contribuer au développement du département.
  10. Qu’est-ce que j’aime dans ma profession ? Plein de choses ! J’aime comment l’orthophonie aide les gens à exprimer ce qu’ils veulent, à raconter, entrer en relation, à apprendre. Je crois que la communication est une des choses qui nous rend humain et j’aime aider les gens à communiquer. L’orthophonie est une science en plein essor. J’aime lire les nouvelles recherches et réfléchir à comment je peux appliquer les connaissances avec mes clients. J’aime le fait que je suis autonome : j’aime évaluer ET faire les interventions par la suite. J’aime expliquer aux patients les difficultés qu’ils ont, les stratégies qu’ils peuvent utiliser. J’aime donner des formations, j’aime jouer avec les enfants, j’aime faire des blagues avec les adultes, j’aime voir que mes patients progressent. J’aime l’orthophonie parce que c’est une profession au carrefour de plusieurs sciences très différentes : biologie, psychologie, linguistique et que c’est un mélange parfait entre l’enseignement et la science.