Pourquoi il NE FAUT PAS demander aux enfants de trouver des mots qui riment avec « bateau »?

to-write-774648_1920.jpgOui, oui, la conscience phonologique est sur toutes les lèvres et c’est une habileté importante pour l’apprentissage de la lecture et de l’écriture. Sauf, qu’il est important d’avoir des connaissances fortes avant d’intervenir sur cette habileté que ce soit en groupe ou individuel. Parce que les manuels contiennent des erreurs (voir ce résumé d’article scientifique), tout comme les activités trouvées sur Internet.

En effet, ce document publié par l’équipe d’une université québécoise indique que demander aux enfants de trouver des mots qui riment avec le mot « mignon » permet de développement la conscience phonologique… alors que c’est faux ! Trouver des mots qui riment, c’est une tâche qui évalue davantage la taille du vocabulaire que l’enfant maîtrise dans une langue donnée. Essayez de trouver des mots en portugais ou en allemand qui riment avec « biscuit » et vous verrez que la tâche est difficile, même si vous comprenez le concept de rime 😉

L’important, ce n’est pas qui fait l’erreur, ni où elle se trouve. J’ai moi-même parlé ici des choses que j’ai rédigées et qui sont périmées maintenant. Tout le monde peut faire des erreurs. Ouvrez l’oeil ! Et dans le doute, parlez-en à une orthophoniste 😉 !

P.S. Pour aider les enfants à comprendre le concept de rime, vous pouvez nommer des paires de mots qui riment (cadeau-auto) et des mots qui ne riment pas (mitaine-carton). Faites d’abord des commentaires vous-mêmes : J’écoute les mots : cadeau-auto. Oui, ça rime ! J’entends le son « o » à la fin des mots. J’écoute les mots : mitaine-carton. Non, ça ne rime pas. J’entends « ène » à la fin du mot mitAINE et j’entends « on » à la fin du mot « cartON ». Par la suite seulement, vous pourrez demander aux enfants de juger si deux mots riment.

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Question/Réponse : Que pensent les parents du fait que je lise des livres à leur enfant lors des thérapies ?

Voici le quatrième billet d’une série où je réponds aux questions que j’ai reçues depuis le début de ce blogue.

QUESTION

Est-ce que vous passez réellement 15-20 min avec l’enfant à lui lire une histoire au complet, comme un parent pourrait le faire à la maison? Relisez-vous le même livre lors de la séance suivante? À quelle fréquence changez-vous de livre?

Comment est-ce que les parents perçoivent cela? Je crains qu’ils ne se sentent  »bernés » parce que cela semble facile de faire de la lecture partagée. Je ne saurais pas quoi dire aux parents à part ‘des études ont démontré que les livres sont un bon outil pour stimuler le développement du langage‘. – Orthophoniste anonyme

RÉPONSE

En fait, le malaise que vous nommez (« Je ne saurais pas quoi dire aux parents à part des études ont démontré que les livres sont un bon outil pour stimuler le développement du langage« ) est le même peu importe le matériel qu’on utilise. Comment expliquer aux parents qu’on utilise telles cartes, tel jeu, telle application ? Avec des études ?

La lecture partagée est LE meilleur moyen pour développer le vocabulaire et prévenir les difficultés de lecture et d’écriture. Après avoir dit ça aux parents, je me verrais mal ne pas les utiliser moi-même 😉 Donc, oui, je peux passer 5-10-15 ou 20 minutes avec un livre. Il m’arrive aussi de photocopier certaines pages du livre et de les remettre dans l’ordre avec l’enfant en les collant dans un cahier. L’enfant repartait donc avec son livre par la suite. Je dessine souvent avec l’enfant l’histoire qu’on vient de lire pour stimuler l’organisation du discours, la mémoire et le schéma narratif. Voir exemple pour l’histoire d’Hansel et Gretel.HanselGretel.png

Non, je ne lis pas une histoire comme un parent le ferait parce que le livre est un moyen dans ma thérapie pour aider l’enfant à développer son langage. En lecture partagée, je peux travailler le vocabulaire, les sons, la compréhension des questions, la compréhension des inférences, les pronoms, les déterminants, la narration, etc. Je lis aussi des livres lors de l’évaluation pour évaluer la compréhension des questions, d’une histoire, la production des temps de verbe, etc.

Je choisis le livre en fonction des objectifs spécifiques pour l’enfant. J’ai certains livres d’histoire qui sont excellents pour le « il/elle » (Hansel et Gretel, Boucle d’or), d’autres qui sont bons pour la narration (Tchoupi et le bonhomme de neige), d’autres pour les verbes, etc. Souvent, je vais relire le même livre durant quelques rencontres afin que l’enfant connaisse bien l’histoire et qu’il soit plus à l’aise. J’explique toujours aux parents ce que je fais, les stratégies langagières que j’utilise et ce que j’observe de la performance de leur enfant.

Il faut faire la promotion de ce qu’on fait, savoir et pouvoir expliquer aux parents ce qui nous différencie de la lecture qui est offerte à l’heure du conte à la bibliothèque. Et ce n’est pas le matériel 😉 Je n’ai jamais eu de parents qui m’ont dit qu’ils trouvaient ça « trop simple ». J’ai plutôt rencontré des parents qui étaient très contents de voir que leur enfant participait et qu’ils pouvaient utiliser les livres qu’ils avaient déjà à la maison.

Ma compétence professionnelle d’orthophoniste ne s’exprime pas via le matériel que je choisis. Ma valeur ajoutée en tant qu’orthophoniste, c’est mon jugement clinique, ma capacité à concevoir des interventions sur mesure selon les difficultés et les forces des enfants que je rencontre, mon habileté à transmettre aux parents les stratégies de stimulation du langage qui sont spécifiques et pertinentes pour leur enfant, etc.

Prière de ne pas utiliser ce livre

À la fin de mes études, avec mes collègues de classe, j’ai participé à un livre collectif qui résumait toute notre formation universitaire en orthophonie pour toutes les clientèles : enfant, adulte, trouble de voix,  bégaiement, trouble de la résonance, dysphagie, etc. J’étais en charge de la section sur l’évaluation du langage oral chez l’enfant d’âge préscolaire.

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Récemment, avec une collègue orthophoniste, nous discutions de nos méthodes d’évaluation. J’expliquais que j’utilisais maintenant l’ESPP qui intégrait les recherches les plus récentes sur le développement des sons en franco-québécois. Ma collègue me dit alors qu’elle préférait se référer au livre auquel j’avais participé, m’indiquant que c’est moi qui avait rédigé la section sur l’évaluation du langage oral. Je fus surprise d’apprendre que ce livre constituait une référence pour certaines orthophonistes. En arrivant chez-moi, j’ai sorti le livre le ma bibliothèque pour constater que plusieurs données présentées sont périmées. Pour ne donner qu’un exemple, on ne fait aucunement mention de la mesure du PCC (Pourcentage de Consonne Correcte).

Aujourd’hui, je tiens à aviser tous ceux qui détiennent et consultent ce livre « aide-mémoire » que beaucoup d’eau a coulé sous les ponts depuis sa parution et que les sections auxquelles j’ai contribué ne sont plus à jour. Certains des cours qui ont été résumés dans ce livre ont été donnés il y a plus de 10 ans (en 2006). Prière donc de ne pas utiliser ce livre, il existe maintenant plusieurs sources plus fiables et plus récentes où vous saurez trouver réponses à vos questions.